La collecte du Yersa gumba

C'est à l'occasion de son voyage à Samdo en mai/juin 2012 que Catherine a pu participer à la collecte du Yersa gumba qui tient un rôle important dans l'économie de Samdo. Voila ce qu'elle nous en a dit:

 l'organisation de la collecte

Réunion d'organisation de la collecte

Un jour entier fut occupé par une réunion à Samagaon au sujet du début de la cueillette du Yesra Gumba. Chaque personne désirant participer à la cueillette a du se rendre à Sama.
Je n'ai pas assisté à cette réunion mais j'ai assisté à la suivante qui fut ...explosive !

Après le premier jour de cueillette les habitants de Samagaon sont montés installer leurs tentes et cabanes en bas de Samdo, avant le pont principal. Ils y resteront pendant toute la cueillette pour être plus proche des sites de cueillette.

Le lendemain les habitants de Sama exigent une nouvelle réunion.
Quasiment tout le village de Samdo descend. Je les suis.

Arrivés au campement les habitants de Sama nous ignorent. Nous nous installons et ils finissent par nous rejoindre presqu'une heure après. Ceci pour bien montrer leur domination sur Samdo.

Réunion Samdo - Sama Gaon


Une discussion très animée commence, plusieurs fois les habitants de Sama très agressifs sont prêts à en venir aux mains. Karsang me prévient qu'il faut être prêt à se sauver si la bagarre commence. Je pense que s'il y a bagarre Samdo aura le dessous vu que ceux de Sama sont quatre fois plus nombreux.

En fait cette réunion a été convoquée car Pasang Nima a donné à sa fille mariée à un homme de Lo, un terrain à Samdo. Les deux chefs du village Tashi et Kunsang , les ont autorisé à construire une maison. Pierres, planches et poutres sont déjà rassemblées.

Les habitants de Sama sont tout à fait contre car le nouveau mari venant de Lo aura alors le droit d'aller à la cueillette des Yersa.
Finalement Pasang Nima doit verser 20 000rs d'amende, Tashi et Kunsang 5000rs chacun et tout le matériel doit être offert au monastère de Samdo. Tous les trois repartent plutôt énervés.

Après cette réunion je vérifie une fois encore que la loi népalaise n'est absolument pas appliquée dans ces régions isolées. C'est la loi du plus fort et ici c'est Samagaon ,200 maisons, contre Samdo 30 maisons !
Je ne peux pas m'empêcher de prendre partie pour Samdo et être étonnée de l'agressivité des habitants de Sama. Je comprends mieux pourquoi les habitants de Samdo ne sont pas très heureux que nous ayons décidé de parrainer un enfant de Sama à la Namgyal. Mais je continue à penser qu'il est préférable d'essayer de travailler avec Sama plutôt qu'isoler plus encore Samdo.

Contrairement au Dolpo, dans la région de Samdo seuls les habitants de Samdo et Sama ont le droit de participer à la cueillette du Yersa. Tout est très controlé.

Plusieurs semaines avant les habitants doivent demander l'autorisation au comité du village s'ils doivent se rendre en montagne pour les yacks ou les chevaux ou autres. Ils doivent « pointer » à l'aller et au retour. Ceci pour éviter que certains cueillent avant la date fixée.
Les travailleurs, cuisiniers des lodges, casseurs de pierres, menuisiers, sont très surveillés ce mois ci.

En avant pour la cueillette!

C'est parti pour la cueillette..

Avec tout ce qu'on me raconte je pense n'avoir que très peu de chance d'assister à la cueillette. Mais finalement je suis acceptée et les gens de Sama me laissent participer sans poser de problèmes. Mais je sais bien que c'est une exception.

La première fois je pars sur la montagne au dessus du village. Ca grimpe fort et vite, le village est tout petit sous nos pieds. Nous sommes tous accroupis et marchons à quatre pattes à la recherche de la minuscule plante qui ressemble à toutes les autres plantes au milieu des rhododendrons nains. Karsang et les autres s'amusent de mon incompétence. Je ne trouve pas un seul yersa ! Parfois Karsang ou Mendok me montrent un endroit et je dois trouver le yersa...même sous mon nez je le trouve difficilement ! il faut ensuite déterrer la chenille enfoncée dans la terre.
Les habitants de Sama n'ont rien à craindre je ne vais pas décimer la montagne de ses yersa.
Je m'aperçois que les nouveaux cueilleurs, arrivés depuis peu d'Inde comme Nima Dorje, trouvent peu de yersa. Il faut une certaine habitude.

LE 1er Yersa gumba de Tsering

D'autres aussi, des habitués cette fois, ne parviennent pas à en trouver alors que leurs voisins en trouvent des dizaines.
Les enfants à partir de 9-10ans participent aussi.
Nous piqueniquons au soleil dans la pente. Certains s'endorment, la haute altitude nous saoule un peu.

Pique- nique dans la pente


Quelques jours plus tard, Lakpa, la sœur de Karsang, aura un vrai mal d'altitude avec mal de tête, vomissements etc... lors d'une cueillette.
A mon retour tout le monde me demande combien j'ai trouvé de yersa. Je rumine dans mon coin.

Je ferai une seconde tentative. Cette fois nous suivons pendant deux heures le sentier qui monte parallèlement à celui du Tibet. C'est magnifique. La montagne est fleurie, nous grimpons bien plus haut que les bergeries. Vue sur les sommets dénudés du Tibet.
Depuis longtemps tout le monde m'a devancé et je continue tranquillement à mon rythme.

Mendok et un premier yersa gumba


Des troupeaux de bouquetins Thar, dégringolent les pentes. Je finis par rejoindre Karsang et les autres. Cette fois j'espère ne pas revenir bredouille. Après deux ou trois heures à quatre pattes dans la pente, j'abandonne. Même Tsering me nargue en me montrant les énormes Yersa qu'il trouve.
Alors que je rêvasse dans l'herbe Karsang , Lakpa et Tsering montent tout au dessus de la montagne en face en un temps record. Ils m'apparaissent tout petits là haut à plus de 5000m. Ils devraient participer au marathon de l'Everest ces trois là ! Je me demande combien de temps il me faudrait rester à Samdo pour être aussi bien adaptée à l'altitude qu'eux....

Il y a aussi le problème de la nourriture. Après une telle journée ils se contentent souvent d'une assiette de patates bouillies.
A mon retour en basse altitude sur le chemin de Kathmandu je m'apercevrai que j'ai très faim et qu'à Samdo je mangeais de moins en moins. Manque d'appétit à cause de l'altitude et manque de motivation à cause du peu de diversité. La prochaine fois j'apporterai des provisions car on s'épuise petit à petit.
Mais je me demande comment les habitants de Samdo survivent avec un tel régime : patates, patates, un peu de riz, nouilles instantanées en sachet, patates, patates .... Pas de tsampa à cette saison.

 

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